The Butterfly Effect (2)

Antonio Fontes / Blog / Conseil / Communication / Genève / HEG / Intelligence et guerre économique / Management et sécurité de l'information / NTIC / Sécurité des applications web / Veille

<December 2008>
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Les développeurs ‘pas chers’: un fléau!

J’ai eu le temps cet après-midi de discuter avec un développeur de sites web. Nous avons discuté de la pluie, du beau temps et de toutes ces choses dont j’ai déjà discuté lors d’un article consacré aux sujets bateaux mais également de sujets plus ‘professionnels’...

L’un des sujets abordés concerne les tarifs pratiqués à la fois par les sociétés de développement web, les consultants, les développeurs freelances ou encore les développeurs ‘étudiants’.

Ce cher interlocuteur, que je vais nommer ‘Aldo’ pour la suite de ce coup de gueule afin de m’éviter de chercher à chaque fois des synonymes, m’a donc fait partager sa stratégie infaillible de vente de services.

Aldo vend moins cher que les autres. Il est plus malin, plus efficace, plus productif et surtout : moins cher. Aldo a monté sa petite activité, quelque chose de pas très ‘officiel’ (aucune inscription au registre du commerce) mais qui rapporte d’après lui.

Etant un fervent défenseur des tarifs ‘raisonnables’ ou élevés mais surtout pas des offres ‘budget’, j’ai donc envenimé l’ambiance afin de lui rendre la vie quelque peu plus difficile le temps de quelques minutes.

- Et bien tu es un con ! C’est en partie à cause de types comme toi que les petites boîtes honnêtes tombent comme des petits pains !

- Ah oui ? Et pourquoi cela ? Je ne fais rien de mal ! Je ne vois pas en quoi je tue le marché. Ce sont plutôt ces boîtes qui cherchent par tous les moyens à racketter les clients en tentant de leur vendre des solutions dont ils n’ont pas besoin à des prix faramineux ! Explique-moi en quoi je tue ce marché ?

- Tu pratiques des prix bas. Trop bas. Je vais t’expliquer un truc basique, c’est un mélange entre mathématiques, prévoyance et bon sens.

Tu es en train d’acquérir des clients et de les allécher uniquement parce que tu pratiques des tarifs moins chers. Seulement, tu n’es pas ici dans un marché de consommation où les clients ‘mangent’ leur site web et en ont besoin d’un nouveau deux mois après mais dans un marché de services. Lorsque tu satisfais un client, tu n’entendras normalement plus parler de lui durant 6 à 12 mois, à moins que tu aies fais quelque chose de travers ou que le client ait un besoin qu’il a oublié de te spécifier lors du projet précédent.

- Ah non c’est pas toujours comme ça… des fois des clients me contactent à nouveau pour faire un tout autre site, ajouter un module ou faire des modifications !!!

- C’est…exactement ce que je viens de te dire. Mais ce n’est pas grave, je continue…

En pratiquant des prix moins chers, et des prix tels que tu les pratiques, tu dois donc pour subvenir à des besoins mensuels qui sont plus ou moins pour un étudiant vivant chez ses parents: tes loisirs, tes habits, tes dvd’s, ton matériel scolaire et éventuellement ta copine. Bref, pas grand chose ! Donc effectivement, ta petite activité te rapporte.

Mais imaginons quelques secondes que tu sois marié et que tu aies deux gosses. Tu dois gagner un salaire te permettant de payer l’appartement, le nouveau break familial, les vacances, les frais liés aux gamins, les assurances, les impôts, les taxes, les ressources premières, les télécommunications et les dépenses imprévues. A cela on ajoute encore les fonds de prévoyance, ta cotisation AVS, ton troisième pilier, l’assurance chômage et éventuellement un bureau doté d’une ligne téléphonique et connexion internet à haut débit parce que tes parents en ont eu marre que tu joues au Tanguy. Est-ce que tes 3'000 balles par mois suffiraient à couvrir tout cela ?

Non.

Imaginons ensuite que tu aies une certaine quantité de clients. Que ces clients ont des besoins plus ou moins ‘annuels’ et que tu doives continuellement en acquérir afin que la viande fraîche remplace les clients déjà satisfaits (et ayant dépensé ‘peu’).

Imaginons également que plus tard, tu voudras augmenter un peu tes tarifs parce que tu vas te dire que tu as pas mal d’expérience, que tu es devenu un senior et que la Terre ne pourrait tourner sans toi.

Imaginons que tu augmentes tes tarifs, que feront tes clients ?

- (souriant) Ils me suivront ! Mes clients sont fidèles !

- Non. Tes clients iront chercher un petit développeur à peine sorti de ses études et n’ayant pas de structure économique régulière. Par conséquent : un développeur qui ne coûte pas cher vu que si tu pouvais faire ton boulot correctement sans être senior, cela veut dire qu’il n’y a pas besoin d’être senior pour faire le site d’un client. Ces clients ne comprendront pas pourquoi le coût horaire d’un développeur aura subitement pris de l’importance dans l’échelle économique mondiale et pourquoi la conception d’un site dynamique leur coûtera tout à coup plus de 6'000.- alors qu’il y a deux ans de cela tu le leur faisais payer un tiers du prix. leur coûtait un tiers du prix.

Et là, mon cher Aldo, tu perdras petit à petit tous les clients face à qui tu auras tenté une augmentation de tarifs ‘raisonnable’. Tu ne conserveras que les clients pour qui tu n’augmenteras pas sensiblement les tarifs et tu devras dès lors acquérir d’autres contrats tous aussi ‘bon marché’ les précédents.

- Mais…

- Attends, je n’ai pas fini. Imagine ensuite la situation de toutes les PME raisonnables et honnêtes sur le marché, qui considèrent que le savoir-faire et les compétences nécessaires à un développeur pour faire son boulot correctement se monnaient largement plus que le tarif horaire d’un peintre apprenti.

Imagine également que ces sociétés se prennent quotidiennement des refus d’appels d’offres pour des raisons du genre « ouais mais j’ai le copain de la fille du frère de ma femme qui me propose de faire le site pour quelques centaines de francs ! Alors vous comprenez, vu la conjoncture actuellement présente dans la situation d’aujourd’hui, je me dois de faire des économies là où je peux ! »

- Ouais mais bon, c’est facile de dire ça ! Les boîtes dans cette situation sont des boîtes qui arnaquent les clients, c’est logique !

- Donc tu essayes de me faire croire qu’il est tout à fait normal qu’un caissier en tant que job d’été, bossant 44 heures par semaine dans des conditions de merde se fasse mieux payer qu’un développeur informatique ?

- …bah… chacun sa merde ! Ben qu’est-ce que tu proposes toi qui sembles avoir la réponse à tous les maux du monde ?

- Simplement de te faire engager comme développeur à temps partiel dans une boîte de développement. Une vraie boîte, avec une équipe de développement, qui tourne et qui fait fructifier son chiffre d’affaires. Tu gagneras plus d’argent, tu auras une expérience réelle du métier et tu ne seras pas en train d’étouffer le même marché qui nourrira tes gosses dans quelques années. Ou alors d’être honnête : de te déclarer comme freelance, de déclarer tes revenus et de verser toutes tes allocations et taxes légalement imposées à tous les travailleurs rémunérés.

D’ailleurs, vu qu’on parle de travail de qualité. Tu connais l’OWASP ?

- Non…

- Et le modèle 3 couches données-métier-présentation ?

- Non… (il rigole déjà)

- Et la différence entre PHP et ASP ?

- Php c’est gratuit et ça booste, c’est prouvé et c’est marqué partout ! ASP c’est du Microsoft, ça coûte cher et…il n’y a pas d’inclusions dynamiques ! (dit-il tout fier d’avoir trouvé quelque chose)

- Oui mais d’un point de vue ‘développeur’, pourquoi tu choisis PHP plutôt que ASP ?

- C’est pas du Microsoft Arf arf !!! (rire stupide)

A cet instant, j’ai compris une chose : il ne comprendra pas ce que j’essaye de lui dire. Et vous ? Avez-vous compris ma crainte vis-à-vis des tarifs pratiqués par la ‘faune sauvage’ de développeurs ? Qu’en pensez-vous ? Cher ? Pas cher ? Quels tarifs jugez-vous ‘raisonnables’ ?

Les réactions sont ouvertes…

posted on Wednesday, September 29, 2004 2:00 PM by saphyr





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